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La Kabylie de montagne en tant qu’espace rural par le couvert végétal, le mode de structuration de
l’espace villageois et le paysage caractéristiques en sont les points centraux sur lesquels se fonde le
présent travail de recherche. Actuellement, ce paysage s’urbanise, son architecture se modernise et son
organisation s’échine en se dilatant le long des routes sinueuses qui amenuisent les distances entres les
structures villageoises. Ces évolutions affichent un décalage entre ce qu’était le village, son habitat et son
paysage caractéristique avec les discours portés sur lui qui laisse présager que sa désignation par village
semble être biaisée par son devenir. Un devenir très perplexe de l’architecture vernaculaire ainsi que du
paysage du village kabyle assaillis par la production de nouvelles pratiques constructives habitantes qui
semblent mettre en désuétude l’ordre spatial et culturel caractéristique. Au demeurant, les pratiques
constructives habitantes contemporaines, avec leurs nouveaux attributs formels et nouvelles pratiques et
significations, semblent n’admettre aucune référence à l’axxam traditionnel que ce présent travail vise à
élucider. Dans ce concours d’idées, l’enjeu patrimonial autour de la construction identitaire, locale et
caractéristique du village et de son paysage dépasse la simple conservation et pérennisation de
l’authenticité d’axxam, et ouvre aussi de nouvelles pistes de réflexion sur les nouvelles formes d’habiter
villageois, adaptées aux logiques culturelles évolutives en prenant en compte les dimensions vernaculaires
et anthropologiques. Le choix d’aborder le sujet périlleux de l’habiter par l’entrée du paysage n’est pas
anodin et loin d’être fortuit. Tous deux se manifestent de la multi dimensionnalité des pratiques sociales,
de l’interdépendance du temps et de l’espace, et de l’interaction de la nature et de la culture, de l’individu
et de la société. L’intitulé du présent travail place ainsi le paysage avec l’habiter dans un presque rapport
d’apposition ouvert à plusieurs interprétations qui permettent de suggérer que le paysage se conçoit dans
l’habiter et que l’habiter se déploie comme paysage. Le paysage est maintenu reconnu davantage comme
un problème culturel qu’un problème naturel donc bien au-delà de la perception sensible, le rapport aux
lieux est ainsi un champ d’expériences vécues et de production de connaissances et d’action.
C’est en partant du postulat de l’habiter indicateur de la relation qu’entretiennent les humains avec leurs
lieux de vie que nous proposons d’aborder les initiatives contemporaines d’habiter dans l’espace
villageois et d’en saisir les significations. Nous interrogeons les formes et interprétation possibles de cet
habiter contemporain en le saisissant à la fois dans sa dimension physique et symbolique en tant qu’indice
de changement socioculturel. En ce sens, notre travail porte sur l’analyse du processus de production et
de mutations des formes de l’habitat et de l’habiter dans l’ensemble communal d’Ifigha, à travers une
étude de typologie morphologique d’un corpus de maisons prédéfini, qui permettra de sonder le lien entre
les productions actuelles et leur degré de filiation avec l’architecture traditionnelle. Nous nous intéressons
à l’habiter, à sa formalisation et à sa spatialisation dans le paysage, nous analysons l’évolution de l’habitat
auto construit par son architecture, ses usages et ses représentations. Pour ce faire, nous avons opéré par
une approche complexe et combinée qui prend en charge la matérialité des formes architecturales, la
sociologie et l’ethnographie des pratiques et usages de l’espace, la psychologie de la perception et
l’analyse qualitative des données. A posteriori, l’analyse des typologies de l’habitat dans leurs formes
architecturales ainsi que dans leurs pratiques et représentations fait état de mutations qui sont entre autres
le produit de l’émigration et de mobilité, de la déprise de l’agriculture et le recul de la paysannerie en
montagne ainsi que l’influence du bassin de vie. Faisant ainsi émerger six (06) types canoniques,
vernaculaire compris, qui revêtent un caractère évolutif et durable comme ligne de conduite qui persiste
depuis l’ancien axxam, et continue aussi à sévir dans les nouvelles pratiques habitantes. |
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