Abstract:
Les villes ont connu, tout au long de leur histoire, des mutations d’ordre politique, économique,
social et technologique, ce qui s’est répercuté directement sur l’espace urbain. Considéré comme une
projection d’un mode de vie et d’une appartenance culturelle et sociale. A reprendre l’idée d’henry
Lefebvre, la ville est définie comme projection de la société sur le terrain (H. Lefebvre, 1974) de ce
fait nous pouvons considérer la ville aujourd’hui à la fois comme territoire et unité de vie collective,
milieu et enjeu, cadre physique et relationnel entre les êtres sociaux. La présente recherche s’insère
dans une suite de réflexions et de questionnements sur l’urbanité dans une société dont les structures
sociales et économiques subissent des transformations rapides. Nous tenterons d’approcher les
problèmes reliant l’espace urbain aux habitants, ainsi que les rapports que des derniers entretiennent
avec leur milieu ainsi qu’à leurs stratégies urbaines.
Dès lors, une nouvelle dimension socio-spatiale s’impose dans l'analyse des villes contemporaines ;
ce qui permet d'identifier une nouvelle catégorie d'acteurs, les habitants, les usagers de l’espace, qui
ne cessent de déployer différentes stratégies, sous forme d'apprentissages et parfois de compétences.
Par ajustements ou par contournements de l'espace, ces pratiques renvoient à un "savoir être en ville",
"être de la ville" ou encore "revendiquer un droit à la ville", un "droit à l'urbanité". Elles se traduisent
souvent par de nouvelles urbanités très variées générant une nouvelle recomposition territoriale.
La ville de Constantine localisée à l’est de l’Algérie, est un terrain propice à notre réflexion, surtout
qu’elle tend à devenir le support d’un ensemble de stratégies urbaines, qui font même l’essence de
l’urbanité. Notre intérêt porte spécialement, sur les quartiers résidentiels péricentraux et périphériques
de la ville en passant par les stratégies urbaines émanant de différents acteurs privés (commerçants ou
investisseurs dans leur majorité) constantinois ou bien migrants des petites villes proches, comme
Ain-Fakroun, Ain-Mlila, Tadjenanet...
La mobilité urbaine de ces migrants nouvellement riches, récemment arrivés en ville (qu’on peut
qualifier de néo-citadins) s’accompagnent de l’acquisition foncière et l’achat d’énormes lots de terrain
dans de nouveaux lotissements, l’édification de luxueuses maisons individuelles polyfonctionnelles
caractérisées par l’occupation commerciale des locaux au R.D.C ou dans toute la bâtisse. Ces pratiques
permettent l’émergence d’une nouvelle forme de maison polyfonctionnelle et d’immeublecommercial
ainsi que d’une nouvelle concentration d’activités commerciales. On observe dès lors,
l’offre d’une certaine densité et diversité de commerce de luxe, (ameublement, habillement,
électroménagers…) générant de nouvelles centralités et participant par la suite, à la recomposition
socio- spatiales, de la ville toute entière. Nous considérons enfin que l'analyse de ces processus sociospatiaux
peut nous renseigner sur les liens que les habitants tissent avec leur espace jusqu’à produire
de nouvelles formes urbanités où l’usager est considéré l’acteur principal.