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Introduction : Le cancer du rectum localement avancé (LARC) connaît une transition
épidémiologique et thérapeutique marquée à la fois par un rajeunissement de la population et
un glissement vers l’intensification du traitement néoadjuvant. Si la radiochimiothérapie
(RCT) standard assure un contrôle local optimal, l’éradication des micrométastases demeure
un défi (30 %). Notre étude évalue l'apport de la Total Neoadjuvant Therapy (TNT) dans un
contexte hospitalier algérien, en stratifiant les tumeurs selon le profil de risque clinique.
L’objectif était le contrôle local et systémique, l’impact sur la survie sans récidive (SSR) et
la survie globale (SG) à 5 ans, avec une analyse multivariée des facteurs de risque par
modèle de Cox.
Patients et méthode : Nous avons mené un travail prospectif incluant 102 patients atteints
d'un cancer du rectum localement avancé (stades II et III, ≤ 65 ans), traités entre 2015 et
2019 et suivis jusqu’en 2024. L’étude était stratifiée en deux groupes selon le T,N et CRM :
un groupe "haut risque" (T3 CRM+, T4, N2) ayant reçu une intensification néoadjuvante par
chimiothérapie d’induction (6 semaines) et un boost de radiothérapie (dose totale 54 Gy) ; et
un groupe "standard" (T3 résécables, N0-1) traité par RCT classique. Les patients ont été
évalués 4 à 6 semaines après le traitement et opérés à 8 semaines. La chimiothérapie
adjuvante était indiquée selon les facteurs histopronostiques.
Résultats : La SG à 5 ans s'établit à 81,8 % [IC95 % : 74,0-89,6 %], la SSR à 70 % [IC95% :
60,9%-78,9 %] et la SSM 72,5% [IC95%: 63,8-81,2 %] . La pCR 23,5%; le taux de récidive
locale est maintenu à 2,9 % et la récidive métastatique à 15,7%. L'analyse multivariée
identifie la Réponse Pathologique Complète (HR 0,154; p=0,022) et la Radicalité
Chirurgicale (HR 0,002; p=0,041) comme les deux piliers indépendants de la SSR. Le boost
de radiothérapie à 54Gy a permis une amélioration objective de la SSR. Il n’y avait pas de
différence de la toxicité entre les deux groupes. L’extension pariétale (T), l’atteinte
ganglionnaire (N), la CRM et l’observance de la radiothérapie ont significativement impacté
les survies. Une inversion du sexe-ratio chez les moins de 50 ans a été observée, liée à une
prédominance féminine p=0,047 et à l'obésité métabolique p=0,002.
Discussion : Nos résultats valident la pertinence de la stratification thérapeutique, la RCT
reste souveraine pour les tumeurs T3 mobiles, N0-N1limités au mésorectum. Pour les
tumeurs haut risque, malgré nos résultats encourageants, une intensification systémique plus
robuste (TNT complète à 6 cycles) est certainement nécessaire pour franchir le plafond de
70 % de survie sans récidive.
Conclusion : L'adaptation du traitement au profil de risque individuel et l’optimisation du
traitement néoadjuvant pour les tumeurs haut risque sont essentielles pour transformer le
pronostic du cancer du rectum en Algérie. La disponibilité des moyens de précision tel que la
biologie moléculaire, l’ADNtc, l’imagerie avancée, l’immunothérapie et les techniques
innovantes de radiothérapie (RCMI, VMAT, IGRT, Curiethérapie) est désormais
indispensable pour garantir cette prise en charge personnalisée. |
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